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Portraits 2 minutes 08 décembre 2020

Zoom sur un producteur : Vincent Coly, pêcheur sur le lac Léman

Vincent Coly, pêcheur du lac Léman, est un artisan amoureux de son métier. Il nous raconte sa passion, sa relation avec les chefs, mais aussi ses inquiétudes… Ses poissons sont disponibles à emporter dans sa pêcherie de Anthy-sur-Léman.

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"Lors du premier confinement, nous avons multiplié par dix la vente au particulier. Les gens avaient le temps de cuisiner, de venir, d’acheter, le désir de discuter. Cette tendance est moins évidente aujourd’hui. Mais cela ne change rien à mon activité : hier, par exemple, j’ai pêché 75 kilos de perche, ce qui est énorme ! La reproduction au mois de mai a été incroyable. A tel point que les grosses perches mangent les bans de petites perches, ce qui signifie qu’on a de gros poissons sur lesquels on peut lever des filets de 50 g. La pêche amateur étant interdite, nous sommes seuls sur le lac. Ajoutez à cela une lumière d’automne… Jamais peut-être, je n’ai autant aimé mon métier. Surtout quand je sais qu’il est amené à disparaître."

“Arrivé à six ans sur les bords du lac Léman”

"Je suis arrivé à six ans sur les bords du lac Léman et je n’en suis jamais parti. Mon meilleur copain était fils, petit-fils, neveu et arrière-petit-fils de pêcheur. Il était aussi le premier de la classe, j’étais le dernier. Ensemble, on allait pêcher la truite dans les rivières, j’ai appris à lever des filets de perches, j’adorais ça. Si bien qu’en seconde, j’ai convaincu me parents de me laisser passer un CAP poisson au Lycée agricole de Poisy, ensuite, je pousse jusqu’au bac agricole… option vache laitière ! J’ai été donc aussi formé sur le reblochon. C’est à cette époque-là que je passe aussi mon brevet d’état d’accompagnateur en moyenne montagne."

Vincent Coly de retour de la pêche. ©Coly/Michelin
Vincent Coly de retour de la pêche. ©Coly/Michelin

"Et puis un jour, mon ami d’enfance, devenu ingénieur, m’appelle : 'Je vais construire une pêcherie, à Thonon, autour du lac Léman. Est-ce que ça t’intéresse ?' Et comment ! Pour moi, une nouvelle vie commence : je vais à la pêche le matin, et l’après-midi, je suis cantonnier. Mon métier, c’est les mains dans l’eau. Historiquement, les pêcheurs vendaient des poissons entiers. Le grossiste vient prendre les caisses de poissons au cul des bateaux. Au bout d’un moment, je pense : pourquoi ne pas tailler ma féra en filet ? Pourquoi ne pas la fumer ? Et c’est parti ! Un jour, on me dit : 'Laurent Petit ne veut que ta féra.' Je le rencontre au Clos des Sens, on s’apprécie et bientôt, le voilà qui arrive dans sa Saxo bleue à la pêcherie. Lui et moi partageons le même état d’esprit, le goût du travail propre, local. A l’époque, il n’avait pas encore fait son 'cooking out', il n’était pas motivé par la féra. Je lui garde les foies (ce qu’on appelle le "repas du pêcheur"), les carcasses pour la pulpe… Et si on faisait les féras cuites à l’os, comme une côte d’agneau ? Et du caviar, avec les œufs ? L’idée est de valoriser le maximum de ce qu’on prélève dans la nature."

Filets de perches ©Coly/Michelin
Filets de perches ©Coly/Michelin
“Nous sommes des cueilleurs”

Nous, pêcheurs, sommes des cueilleurs, nous ne semons pas. Historiquement, la féra faisait vivre les pêcheurs, c’était une pêche régulière – le gâteau, si vous préférez. La génoise et la chantilly, ce serait la perche. Et puis par-dessus, le côté cerise et paillettes, viennent l’omble, le brochet et la truite, ces carnassiers solitaires, qui ne se déplacent pas en ban. Il y a seize ans, quand j’ai commencé, je pêchais 20 tonnes de féra à l’année, à peine 6 tonnes aujourd’hui. Les hivers sont devenus trop doux : six ans que le lac ne descend pas en dessous de 9°C. Or la féra ne se reproduit l’hiver qu’à 7°C. A cause du réchauffement climatique, la féra risque de disparaître des lacs alpins, et les pêcheurs avec elle. Je conseille déjà à mes fils de se trouver un autre métier. Moi, je le sais déjà : je mourrai pêcheur.

Pour tout achat, se rendre à la pêcherie Vincent Coly, entre 9 heures et 11 heures, 69 Route du Lavoret, 74200 Anthy-sur-Léman. Et s'il y a de la lumière, entrez ! 

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