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Restaurants 2 minutes 02 août 2020

Jérémie Le Calvez, enfant de Bretagne

Son nom celte évoque la confrérie des charpentiers mais il a grandi entre une mère fleuriste et un père qui possédait une entreprise de poissons fumés. Depuis 2012, le talent de Jérémie Le Calvez s’exprime à Saint-Pol-de-Léon, à La Pomme d’Api, où le chef s’évertue à valoriser les produits de sa Bretagne natale. Rencontre.

Quelques mots sur votre parcours ?

Il a été assez chaotique car, après un apprentissage en cuisine à Vannes, j’ai eu un accident de scooter dont la conséquence a été une rééducation quotidienne pendant deux ans. J’ai heureusement pu compter sur la confiance et la force persuasive de mon maître d’apprentissage, Philippe Jaffrezo, chez qui je suis allé travailler après ma convalescence, à Ploemeur, aux Salons du Golf. J’ai poursuivi ma formation en pâtisserie et effectué des stages dans des maisons étoilées, notamment à l’Auberge Grand’Maison à Mûr-de-Bretagne du chef Christophe Le Fur. Aux côtés du chef pâtissier Didier Piquet, j’ai appris le dessert à l’assiette. J’ai vécu cela comme une parenthèse dans ma vie de cuisinier mais j’avais le besoin et l’envie de comprendre les choses. L’étape suivante s’est déroulée au Bretagne à Questembert en tant que chef pâtissier dans la brigade du chef Alain Orillac puis chef de cuisine, avant une dernière expérience (avortée) à la Duchesse d’Anne à St Malo. C’est là que j’ai rencontré ma compagne Jessica puis que nous avons décidé, en 2012, de nous installer à Saint-Pol-de-Léon, à L’Auberge de la Pomme d’Api.

Parlez-nous de votre terroir...

Moi, je suis un enfant de Lorient, plus précisément du port de Keroman, issu d’une famille de marins (mon arrière-grand-père a même une rue à son nom au port de pêche) mais depuis que je suis installé à Saint-Pol-de-Léon, je suis viscéralement attaché au terroir du pays de Léon, qui s’étend de Saint-Pol à Brest. C’est un véritable potager sur la mer, avec une terre fertile, nourricière. Grâce au Gulf Stream, le climat est toujours tempéré et les gelées absentes. Le sol est riche et limoneux, avec à certains endroits entre 30 et 60 cm de terre. C’est un terroir vivant, dans lequel je trouve de tout, et un terrain de jeu privilégié pour moi. Par exemple, sur l’île de Batz, on travaille encore avec des chevaux de trait et on nourrit la terre aux algues. Ce n’est pas du folklore, mais le respect de la tradition paysanne. Et ça donne la pomme de terre nouvelle de l’île de Batz, au goût unique.

Quels sont les liens avec vos producteurs locaux ?

Ils sont intimes. J’ai réussi à créer une vraie relation de confiance avec des gens passionnés qui me fournissent des produits sublimes. Je peux en citer quelques-uns : Régis Moal, pêcheur de ligne basé dans la baie de Morlaix qui m’apporte mes St Jacques, bars, maquereaux… Un vrai défenseur d’une pêche durable qui souffre de l’influence grandissante et néfaste des gros chaluts ; Ronan Nicolas, mon pêcheur de homard et tourteaux, malheureusement décédé, qui m’a éduqué sur ce produit délicat grâce à sa démarche totalement respectueuse des ressources environnementales ; François Lagadec, un pionnier du bio qui a créé une coopérative avec notamment des cueilleurs de fleurs comestibles, et qui me permet de générer un circuit « de la fourche à l’assiette ». Je pourrais encore citer la ferme bio « Savez-vous planter les choux ? » de Thomas Cotty et Maxime Perrot, Roland Quemener, mon producteur d’huîtres, affinées à l’île Kalot, où elles se musclent avec la brasse sur un mélange d’eau de mer et d’eau douce et deviennent bien charnues, ou encore Fabien Boga, qui me fournit de superbes pigeons des monts d’Arrée. Tout cela représente un écosystème vertueux, responsable et gage d’extrême qualité pour le client qui vient dans mon restaurant.

Quelques mots sur votre cuisine ?

Je dirais qu’elle est franche et directe. J’apprécie particulièrement les alliances terre-mer, qui sont l’ADN de mon terroir, et j’ai un goût marqué pour les sauces et les jus. Au fil des saisons, on retrouve sur ma carte : le tataki de rouget, jambon de seiche et vinaigrette d’une cotriade ; les ravioles de betterave et tourteaux de Roscoff, crémeux de haddock (avec le goût fumé qui sonne comme un clin d’œil au fumoir familial) ; le turbot avec agnolotti de pieds de porc, condiment huîtres/algues avec sauce lait ribot et pâte de citron ; la langoustine de Loctudy rôtie avec les premiers navets et un praliné de navets ; le lapin de Guilligomarch, carottes de sable de Santec et abricot, jus de lapin aux fruits secs ou encore le poulpe de l’île de Batz, betterave fumée et condiment crapaudine. C’est une cuisine sincère, de valorisation du terroir. En octobre prochain, nous ouvrirons d’ailleurs une école de cuisine pour les particuliers (que je superviserai) dans le but de transmettre et d’éduquer autour des notions de terroirs, de produits et de saisons…

Jérémie Le Calvez est le chef de La Pomme d'Api, à Saint-Pol-de-Léon (29).

Images 1 et 2 : © Olivier Marie ; image 3 : © Jérémie Le Calvez (blanc de turbot, agnolotti de pieds de porc, condiment huîtres/algues, sauce lait ribot et pâte de citron).

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