Un palace parisien vu par ses métiers méconnus
Le Bristol fait partie de ces hôtels qui ne cherchent pas à paraître. Il se contente d’être ce qu’il a toujours été avec un naturel qui est la marque des grands. Il demeure le palace old money par excellence, fréquenté par des familles américaines et européennes discrètes qui reviennent depuis des décennies. Le décor, lui, ne varie pas : lustres en cristal, appliques en bronze, tapisseries des Gobelins, tapis rouge posé sur un marbre impeccablement poli. La famille Oetker, propriétaire des lieux, fournit la totalité des œuvres accrochées aux murs. Rien d’ostentatoire : le temps n’a pas prise ici, malgré la situation très parisienne du faubourg Saint-Honoré face à l’Élysée ou presque. Et pourtant, derrière cette élégance apparemment immuable, se déploie tout un monde de métiers souvent invisibles…
Jean-Marie Burlet et Socrate
Dans le lobby, on repère vite Jean-Marie Burlet, responsable des relations clients, grâce à sa haute stature et sa voix de baryton charmeur : « c’est une grande maison de famille » déclare-t-il. L’homme est d’une courtoisie presque anachronique. Après plus de trente ans de boutique, il est toujours debout et en mouvement, toujours en conversation. Il connaît ses clients par leur prénom, suit les générations, note les habitudes. Il leur écrit des mots doux à la main, glissés sur les tables de chevet. L’hôtel possède même son chat, Socrate, qui circule entre les clients comme chez lui. L’ancien chat, Fa-Raon, est parti à la retraite le même jour qu’un chef de réception.
Le rôle clef du concierge
Autre métier clef (sans mauvais jeu de mots), le concierge en chef, Tony Le Goff appartient évidemment aux Clés d’Or, l’association qui regroupe la crème internationale de la conciergerie de palace. Il prépare les séjours de ses hôtes plusieurs mois à l’avance, dès l’instant où ils mettent le pied hors de chez eux. Il répond à toutes les sollicitations, organise activités et sorties, suggère spectacles, tables, transports ou visites, et trouve toujours une solution. Contrairement aux idées reçues, ses hôtes — dont beaucoup d’Américains — adorent la bistronomie et les petites adresses du Guide MICHELIN comme Clamato, ou le Bistrot Paul Bert. Il envoie là où il s’est lui-même mis à table.
Dites-le avec des fleurs
Autre métier unique, c’est celui de fleuriste. Monsieur Guillot, qui occupe le poste depuis 32 ans, en orchestre chaque détail. L’hôtel tout entier est fleuri, du lobby jusqu’aux 189 chambres pour un budget d’environ 26 000 à 45 000 euros par an. Elvira et Narcisa Oetker en imaginent les sept thèmes annuels. L’un des souvenirs les plus mémorables du fleuriste ? Celui d’un client qui souhaitait recouvrir sa suite de 350 m² de roses… pour une demande en mariage : il fallut les épépiner une par une pour que la promise ne se pique point.
Une ville dans la ville
Les coulisses ressemblent à celles d’une véritable PME. Sept cents employés pour 190 chambres, dont cent suites – le Bristol est le seul hôtel à posséder plus de suites que de chambres. Marbriers, plombiers, peintres, un responsable téléphonique, une douzaine d’électriciens, jardiniers, couturières, fleuristes : l’hôtel entretient ses propres équipes.
Sous le bâtiment, des escaliers et des ascenseurs plongent vers de vastes réserves où sont stockés meubles, gravures et tapisseries. L’une d’elles étonne toujours les rares élus descendus jusque là : des centaines de sacs siglés Bristol contenant les effets oubliés par les clients, archivés par photo pour être replacés exactement où ils se trouvaient lors du séjour précédent.
Des chambres comme des œuvres d’art
Dans les étages, chaque chambre arbore un look unique. Rideaux dessinés et cousus sur mesure, meubles chinés aux puces de Saint-Ouen, gravures anciennes et lustres à pampilles : un classicisme que d’aucuns jugent daté, mais que le monde de l’art, en particulier, apprécie. Pendant Art Basel Paris, galeristes et collectionneurs se croisent au petit déjeuner. L’artiste américain, George Condo, actuellement exposé au Musée d’Art Moderne de Paris, séjourne ici depuis des années. Émaillée de ses propres œuvres gracieusement offertes, sa suite impériale a été aménagée par ses soins, en collaboration avec le nec plus ultra de l’artisanat d’art français, comme la maison de papiers peints Gournay… Prix de la nuit ? 45 000 euros.
Évidemment, il faut compter aussi avec les innombrables métiers de bouche sous la houlette d’Arnaud Faye, chef du restaurant Épicure : pâtissiers, boulangers (qui s’occupent d’un véritable moulin miniature), fromagers, chocolatiers et même une authentique pastaia qui fabrique plusieurs kilos de pâtes chaque jour…
A lire aussi : Épicure : Arnaud Faye, une révolution de velours au cœur du Bristol
Dans les coulisses de ce palace grand comme cinq terrains de foot, se cache une véritable petite ville où chaque métier, visible ou discret, contribue à la signature du Bristol. Des artisans de l’ombre aux flamboyantes figures de salle, des ateliers cachés aux espaces majestueux, tout fonctionne comme un organisme vivant…
Informations pratiques : Réserver dans cet hôtel 3 Clefs MICHELIN
Immage principale : Suite Honeymoon - ©Claire Cocano/Le Bristol Paris