Les Inspecteurs du Guide MICHELIN entretiennent, d’une certaine manière, un lien particulier avec les animaux. Si la cuisine végétale a désormais toute sa place dans le paysage gastronomique (à juste titre !), les protéines animales demeurent au cœur de nombreuses assiettes. Le mois dernier pourtant, les animaux se sont invités dans mon travail d’inspection d’une manière plus inattendue qu’à l’accoutumée.
Je me trouvais dans la province de Kırklareli, une magnifique région du nord-ouest de la Turquie, où la visite d’un domaine viticole doté d’un restaurant était prévue. Le genre d’endroit où l’on a le sentiment d’être, l’espace d’un instant, seul au monde et cerné par la nature préservée. Au fur et à mesure que j’avançais sur le long chemin de terre qui menait au domaine, mon réseau téléphonique s’amenuisait. Ce faisant, les gouttes de pluie devinrent de plus en plus grosses. Je décidais donc de m’abriter quelques instants, le temps que l’averse passe. C’est alors que six chiens berger apparurent et se dirigèrent vers moi en aboyant, la queue dressée. Une situation peu confortable…
Après un coup de fil sans succès au restaurant, la sueur commença à perler à mon front : j’étais donc en pleine campagne turque, face à ce qui ressemblait fort à un danger imminent, sans âme qui vive dans les parages. Soudain, un vieil homme, appuyé sur sa canne, arriva et rappela les chiens. Ouf ! Si ma connexion internet était trop faible pour recourir à un traducteur automatique et comprendre ce que disait l’homme gesticulant frénétiquement, je crois que mon regard a trahi ma profonde gratitude !
Peu de temps après, de retour en Belgique, je me rendais à déjeuner chez Sir Kwinten – l’une des belles tables du pays –, à Sint-Kwintens-Lennik. Dans ce village, la place est dominée par une imposante statue de cheval. Alors que je m’approchais du restaurant, j’entendis au loin un bruit de sabots précipités, mêlé à des pas pressants et une respiration haletante. Décidément… Cette fois, heureusement, le danger fut tout relatif : une chèvre en cavale fila avec, à sa suite, son propriétaire, à bout de souffle. Une scène ubuesque.
Je n’ai jamais su comment cette poursuite s’était terminée. Heureusement pour moi, j’ai pu me rendre dans cette magnifique maison de maître, où m’attendait un repas mémorable. Et, cette fois, les seules surprises de la journée se trouvèrent dans l’assiette et dans le verre.