Restaurants 2 minutes 21 mai 2026

Marie Trignon et Stéphanie Thunus : l’élégance en cuisine au féminin

Les Inspecteurs du Guide MICHELIN soulignent parfois dans leur rapport que telle ou telle cheffe cuisine avec une élégance toute féminine. Mais qu’est-ce que cela signifie réellement? Est-il encore nécessaire de parler de « cuisine féminine » ? Marie Trignon, de La Roseraie, et Stéphanie Thunus, d'Au Gré du Vent, qui font partie des belles références du Guide MICHELIN en Belgique viennent enrichir la discussion.

« Quand je demande à mes clients pourquoi ils qualifient ma cuisine de féminine, ils évoquent souvent la façon de travailler les produits, explique Marie Trignon. Une femme sera peut-être plus précise, un homme un peu plus brut. Nos différences se nichent dans les détails, la présentation, dans la délicatesse. L’élégance du geste peut être perceptible, la manière de disposer une quenelle dans l’assiette par exemple. En même temps, une femme en cuisine évoque parfois des souvenirs d’enfance. Autrefois, c’était souvent la mère ou la grand-mère qui cuisinait. Cette sauce que l’on trempait dans son pain, la rondeur des saveurs… Cela parle à chacun de nous. »

Les deux cheffes ont pour parents des professionnels indépendants, qui, jour après jour, ont dû travailler dur : Marie Trignon a grandi dans le restaurant où elle officie aujourd’hui, et Stéphanie Thunus à la ferme familiale, de l’autre côté de la rue. Chacune a fait sienne cette éthique du travail et la partage avec son partenaire, qui œuvre à ses côtés – derrière chaque femme ou homme qui réussit, se cache un partenaire solide.

Stéphanie Thunus allie gourmandise et raffinement. © Cédric Grumiau
Stéphanie Thunus allie gourmandise et raffinement. © Cédric Grumiau

« Rien n’est tout noir ou tout blanc, affirme Stéphanie Thunus. On attend parfois des femmes qu’elles soient plus douces ou plus sensibles en cuisine, mais les hommes peuvent l’être tout autant. Je suis moi-même une travailleuse acharnée et, en dehors de la cuisine, plutôt émotive ; ce qui se ressent dans ma cuisine. Si cette sensibilité n’est pas l’exclusivité des femmes, elles ont pour leur part autant de potentiel que les hommes. Il suffit qu’elles aient envie de se lancer. »



Marie Trignon a réinventé le restaurant familial à son image. La cuisine est devenue plus moderne et épurée. « Plus féminine », reconnaît-elle elle-même. L’évolution de sa cuisine n’est pas un cas isolé. Ces dernières années, les plats se sont souvent allégés, les sauces souvent préparées sans crème et on recherche davantage de fraîcheur et de vivacité. La subtilité et la légèreté que l’on associe à l’élégance féminine participent aussi à l’évolution de la gastronomie.

« Les gens accordent une grande importance à leur bien-être et à leur santé, poursuit la cheffe d’Au Gré du Vent. À une certaine époque, il y avait beaucoup d’excès, notamment en matière d’alcool. C’est tout à fait différent aujourd’hui. Je ne sais pas si les femmes y sont pour quelque chose. C’est la société qui évolue et qui tend peut-être davantage vers un certain équilibre. »

Marie Trinignon travaille avec méticulosité à La Roseraie à Modave. © Jean-Pierre Gabriel
Marie Trinignon travaille avec méticulosité à La Roseraie à Modave. © Jean-Pierre Gabriel

Quand on écrit un article sur les cheffes, on finit souvent par retrouver toujours le même petit cercle de cuisinières. En 2026, il reste frappant de constater que ce sont encore majoritairement les hommes qui dominent les cuisines de restaurant. La cheffe Trignon attribue cela en partie au fait que la femme entrepreneuses n’a commencé à s’imposer que récemment. Pendant longtemps, les femmes n’ont pas été encouragées à devenir leur propre patronne en cuisine. Elle est convaincue que les choses sont en train de changer.

« Ma fille étudie à l’école hôtelière de Namur, et j’y vois quand même beaucoup de jeunes femmes, explique la cheffe Thunus. Des femmes avec du caractère ; et ce n’est pas un détail, car nous exerçons un métier physique et exigeant. On reste debout pendant des heures, souvent dans des positions statiques, et il faut parfois déplacer de lourdes casseroles. C’est un fait, les hommes ont généralement plus de facilité sur le plan physique. Je constate aussi que, chez nos pâtissiers, une femme aura tendance à créer des desserts plus délicats, tandis qu’un homme parviendra plus facilement à maintenir le même rythme de production service après service. Finalement, la combinaison hommes-femmes dans une équipe est sans doute la solution idéale. »

Head photo : À La Roseraie, la finesse réside dans chaque détail. © Jean-Pierre Gabriel

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